David Hauss raconté par son père

Dans le monde d’aujourd’hui, les enfants de sexe masculin ont surtout un rêve, celui de devenir footballeur professionnel. Pour l’amour du jeu ? Parfois. Pour l’argent ? Plus souvent !

Mais il y a aussi d’autres sports où l’argent n’est pas si abondant et où le plaisir passe comme une récompense après des milliers d’heures d’entraînement, de sacrifice et de souffrance. Ce sont des sports olympiques dont on parle une fois tous les quatre ans… en cas de médaille française.

Parmi ces sports, il y en a un que l’on qualifiera de plus nouveau, de plus moderne, voire de plus symbolique et à l’image des héros de l’antiquité. Ce sport, c’est le triathlon. Qu’est-ce que le triathlon ?

Comme son nom l’indique, il regroupe trois disciplines. Trois disciplines de base qui permettent à l’homme de se déplacer sur la terre ferme ou dans l’eau : la course, le vélo et la natation. Dans sa version olympique, il faut enchaîner : 1500 mètres à la nage, puis 40 km à vélo et enfin 10 km à pied. Comptez environ deux heures d’effort pour les meilleurs que l’on compare aisément à des super hommes ou des demi-dieux.

Parmi eux, un français, déjà qualifié pour les J.O. de Londres en 2012 : David Hauss. Pour parler de lui, nous avons rencontré son père. Cet article ne répondra pas aux standards de l’article sur le sportif et ses performances, mais sur la naissance d’une passion sur les ormes d’un père. Joël Hauss, lui-même sportif et qui est devenu naturellement l’entraîneur de son champion de fils.

(Cette introduction est un extrait de l’article « L’opinion et la fierté d’un père ou l’histoire de Joël et David Hauss » publié sur le blog des auteurs, MoreThanWords.fr)

Espoir ’84

Comment devient-on l’entraîneur de son propre fils ? J’imagine qu’il ne suffit pas d’être le père d’un sportif pour devenir son entraîneur. Quel est votre passé en tant que sportif ?

« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours fait (et voulu faire) du sport. Pratiquement tous les sports. J’ai commencé à me spécialiser vers l’âge de 10/11 ans, peut-être même…12 ans ! »

– Joël hésite, il fouille dans ses souvenirs d’enfance.

« C’était au moment où j’ai arrêté d’être assidu à l’école !
Puis 2 ans plus tard, j’ai lâché.  J’ai 13 ans et ma mère me met en apprentissage d’électricité.  Je passe mon CAP à 17 ans.
J’ai fait alors de la lutte et ça a duré un peu plus de 13 ans.
Lorsque j’ai arrêté l’école vers la fin des années soixante-dix, j’étais ce qui s’appelait alors « espoir ’84 ». Cela désignait les athlètes qui avaient le potentiel pour aller aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984. Aujourd’hui, on dit PO (potentiel olympique). »

De la lutte à la planche à voile

– Mais le rêve passe, n’est-ce pas ?

« Contrairement à bon nombre de mes camarades qui étaient dans des centres d’entrainements (à l’époque sport étude de Font Romeu ou du Creps, ), moi je devais bosser pour vivre. Je me suis assez vite rendu compte qu’à cause de mon job, je ne pouvais pas lutter (c’est le cas de le dire) avec les meilleurs.
J’ai ensuite fait des petits boulots. Entre autres, je donnais des cours d’aérobic (merci Véronique et Davina) dans plusieurs salles de gym de Paris.
Vers la fin des années 80, j’ai aussi découvert un nouveau truc qui arrivait : La planche à voile.
J’ai vite accroché. Ma condition physique et ma force de lutteur m’ont aidé et j’ai très vite progressé.
Tout en habitant à Paris, je partais presque tous les week ends au bord de la mer pour « faire du wind ». A tel point qu’en deux ans je ne faisais plus que ça. Je bossais pour une marque de sportswear associé au surf, je vendais du matos de wind, des planches, des combis. Bref j’étais dedans jusqu’au cou.
Je voyageais également beaucoup pour assouvir ma passion.  Les Canaries, le Portugal, La Barbade… des lieux qui font rêver, des paradis pour un surfeur. C’est le cafard assuré quand on rentre à Paris. On déprime vraiment. »

De Saint-Denis à Saint-Denis


– Et puis un beau jour…

« un ami windsurfer part à la Réunion monter une affaire. Il m’y invite pour faire l’installation électrique du resto qu’il vient de reprendre.. j’y vais et je ne repars plus. Ou presque. Je rentre du moins je rentre à Paris pour tout bazarder et repartir vivre à la Réunion avec ma femme, mes enfants et les bagages. David et sa soeur ont alors juste 2 ans.
Je passe de St Denis dans le 93 à St Denis dans le 974…à la Réunion.
Je découvre une nouvelle vie, avec une VRAI qualité de vie. Je navigue pratiquement tous les jours, je vais surfer le matin avant d’aller bosser et je cours encore un peu les jours ou je peux rien faire d’autre. La vie n’est faite que pour les activité de plein air. Il ne pleut jamais. J’habite alors à St Gilles a 50 mètre de la plage. »

Je découvre un truc complètement fou !


– Et un autre matin…

« alors qu’il n’y a ni vent, ni vague, je décide d’aller voir le départ d’un truc qui a l’air complètement fou. Des mecs partis pour nager 4 km en pleine mer, faire plus ou moins le tour de l’ile en vélo et finir par 32 km de course à pieds. Un Triathlon.
Il y avait des pointures dont j’ignorais l’existence jusqu’alors. Des Américains (Allen), des français (Cordier, Retrain, Houzeaux), des allemands (Ashmoneït) et puis un ou deux copain réunionnais. »

– Le soir du même jour…

« je décide de faire un peu d’escalade. Sur le retour, encore éreinté par mes efforts, je croise un de mes copains du matin qui tentait tant bien que mal de terminer le triathlon. Il était juste devant la voiture balai. Il a encore 10 kilomètres à courir. Je décide de les faire avec lui. Je suis pieds nus mais tans pis. Là, en chemin il me raconte sa journée.
A l’arrivée, je me dis que l’année prochaine je fais cette épreuve ! Pourtant, je ne nage pas  suffisamment bien pour faire une telle distance, je n’ai pas de vélo et il faudra bien que je m’entraîne pour digérer 150 bornes de vélo en passant un col à 1800 mètres d’altitude. Ce n’est pas tout, je n’imaginais pas un seul instant qu’on pouvait ne serait-ce que marcher après avoir fait tout ça ! Mais c’était décidé, l’année d’après j’y serai moi aussi. »

Entraîneur


– Et l’année d’après…

« heureusement pour moi et malheureusement pour l’épreuve et la Réunion, 88 était la dernière édition du Triathlon des Cîmes.
Je prends quand même ma première licence de triathlon en 89.
Cette année là, Je m’engage dans 3 triathlons A (maintenant on dit CD).
Honorable en Natation, très moyen en vélo et vraiment mauvais à pieds : le bilan n’est pas fameux.  Je me repose sur ma grosse condition physique que je n’ai toujours pas trop perdu et je me dis que j’ai vu comment c’était et que l’année prochaine je vais m’entrainer sérieusement pour ça.
Je commence à m’intéresser à l’entraînement. D’autant plus qu’a cette époque comme je joue aussi au rugby. Je suis en charge de la préparation des joueurs qui sont tous des surfeurs recrutés ça et là. En plus, ces gars étaient bien meilleurs au rougail saucisse et à la bière qu’au cadrage débordement ou à la percée dans l’axe. Bref y’a du boulot… »

– De retour sur les bancs d’école et autres mésaventures…

« Côté triathlon, les années passent, je parviens à me hisser dans les 5/10 meilleurs régionaux sur Cd et longue distance. J’ai fait 3 Ironman, Nice, plusieurs fois le triathlon de la Réunion MD.
Je passe le Beesan à 37 ans après avoir quitté l’école à 13 ans et je suis obligé de prendre des cours de Français pour pouvoir faire une rédaction ou une note de synthèse avec plus de français que d’argot à l’intérieur.
L’entraînement et la préparation physique sont devenus mes nouvelles passions.
J’ai arrêté de faire du wind, car entre les blessures dues au corail ou les épines d’oursins dans les pieds, je ne pouvais plus courir « normalement ».
Après avoir été classé deuxième du championnat de la Réunion de Rugby tous le groupe s’est dissous (arrêt, mutation dans un autre club, etc,..) En 2005, je suis trés gravement affecté par le chikungunya. »

L’entraîneur de David


– Et le relais passe au «petit» David…

« Le « petit » David qui a bien grandi lui aussi dans le monde du triathlon attrape une mononucléose en 2006. Il revient à la Réunion pour se reposer et être parmi nous.
Moi, je me remets doucement de mon « Chik » et m’astreint à me remettre en forme… et naturellement, mon fils me suit. Il fait de la PPG avec moi, on refait du vélo tous les deux (c’était l’époque où je pouvais accélérer et le laisser encore sur place), on va courir. et on discute beaucoup. De sa carrière, de ses entraînements, etc.
Trop court, il ne sera pas Jeux de Pékin mais il a le regard tourné vers 2012.  Tout aussi naturellement, il me demande si je veux l’entraîner…ce que j’accepte de faire.
J’avais une idée assez précise de ce qu’il fallait qu’il fasse pour progresser. Il m’a fait confiance et ça dur depuis déjà 5 ans avec je l’espère l’occasion de participer à ses côtés, au rêve de tous les sportifs de haut niveau. remporter une médaille Olympique.
Est-ce le hasard, l’âge, la conséquence de la maladie ou de toutes ces années à tirer sur la machine,ou tout ça à la fois,  mais je commence à faire de la fibrilation à l’effort. Si bien que je ne peux plus rien faire. En tout cas ne plus rien programmer. Je suis en forme c’est déjà bien.
Tant mieux car j’ai besoin de beaucoup d’énergie, au quotidien et même à 12000 km de chez moi, pour avoir la chance et le privilège d’être l’entraîneur de David Hauss.
Quant a être son père, il n’a pas le choix. Et là, C’est lui qui a de la chance et du privilège ! »

Quand et comment avez-vous compris que David avait des qualités pour devenir un sportif de haut niveau ?

Suite de l’interview : 2e Partie

Propos recueillis par Denis Gentile