David Hauss raconté par son père – Part 2

Interview Part 2

 

– Quand et comment avez-vous compris que David avait des qualités
pour devenir un sportif de haut niveau ?

« Quelque soit le sport concerné, je ne pense pas qu’il y ait un point précis, ou un instant T pour dire qu’untel ou une telle sera ou ne sera pas un sportif ou sportive de haut niveau.
Si on fait de sa discipline sportive une priorité, que l’on y met toute son énergie, beaucoup d’abnégation et une détermination à toute épreuve, je pense que beaucoup pourrait y arriver.

C’est certain qu’il faut du talent dans la discipline concerné, un mental un peu hors norme pour savoir gérer le stress de certaines séances d’entraînement, des compétitions ou de certains enjeux, ne pas être fragile physiquement, surtout dans le triathlon, car les blessures sont interdites si l’on veut supporter le poids des entraînements ! »

– Heureusement que Joël nous a précisé que beaucoup pourrait y arriver ! J’émets un sympathique doute sur cette remarque !

« Trouver la bonne discipline. Celle qui convienne précisément pour développer des capacités qui font qu’il sera le meilleur dans celle-ci.
Il est probable qu’un sportif anonyme qui fait du sport pour se sentir bien, aurait, s’il avait connu une autre discipline que celle qu’il pratique, pu y briller et développer des talents qui le mette en avant dans cette discipline

Il faut également être suffisamment bien encadré, pour expliquer une technique, une attitude, ne pas vouloir aller trop vite pour progresser…
Ne pas chercher à gagner à tout prix et donner du temps au temps. »

 

Son jeu préféré quand il était petit ? Les Jeux Olympiques ! 

– Et David, à quoi jouait-il quand il était petit ?

« En ce qui concerne David, du plus loin que je me souvienne, il a toujours voulu participer aux Jeux Olympiques. En somme, être un sportif de haut niveau.
Petit avec ses copains, il jouait donc… aux Jeux Olympiques !!
Il accumulait les longueurs de bassin dans une piscine de 10 mètres, il n’arrêtait pas de faire des aller-retour le long du chemin de 200 mètres qui menait jusqu’à la maison. Soit en vélo, soit en courant.
Et lorsqu’il arrivait (forcément premier, ses copains ayant jeter l’éponge à la 83ème longueur de piscine ou au 37ème tour de course à pieds), sa soeur lui remettait officiellement sa 23ème médaille d’or de la journée. Il s’entraînait déjà en jouant.
Toutes ces années ont donc mis en place une certaine vision des choses. C’est cette vision qui l’a guidée vers son but.
Le fait d’être sportif professionnel, d’avoir un projet sportif comme le sien fait que rapidement j’ai compris qu’il était un sportif de haut niveau.
Mais ce n’est pas le but. Le but c’est être le meilleur des sportifs de haut niveau… mais c’est la même chose pour tous les autres concurrents qui s’alignent sur le ligne de départ, non ? »


– Continuons à approfondir les relations Père-Fils.  Parlez-nous de vos rapports sur le plan sportif avec David. Est-il plus facile ou plus difficile d’être l’entraîneur de son fils ?

« Dans l’entraînement à proprement parler, ce n’est ni plus dur ni plus facile.

Pour être dans l’élite mondiale et espérer y gagner des courses, cela implique un certain niveau de pratique. Pour être à ce niveau de pratique il faut travailler et souvent travailler (très) dur. Par exemple avec des temps de passage précis, une certaine puissance à soutenir en vélo, ou bien  un nombre de coup de bras par bassin a effectué dans un temps donné, ça c’est un peu comme des maths. Il n’y a pas de sentiment à avoir. Un et un ça fait deux pas trois , et par conséquent 4’00 au 1500 c’est pas 4’10.  Après bien sûr, il faut aussi analyser le pourquoi du 4’10. Si ce sont les conditions extérieures, la charge de travail, etc… mais en gros c’est ça.

 

Pas de sentiments !


David ne m’a pas demandé de travailler pas avec lui pour que je fasse des sentiments.

Je suis persuadé qu’un bon entraîneur ne doit pas être directif mais il doit savoir être à l’écoute de ses athlètes pour pouvoir imposer ces idées. Nous avons déterminé ensemble, une ligne de conduite à tenir pour aller à un endroit précis. Mon « boulot » est de rester le plus possible sur cette ligne.
C’est en revanche très différent lorsqu’il y a des compétitions. Je passe très vite d’un rôle à l’autre.
Par exemple, lors d’une étape des WCS (les épreuves du Championnat du monde de triathlon), que je regarde sur internet car j’ai rarement l’occasion de me déplacer,  j’essaie de tout analyser en fonction de comment il a nagé, qui est dans le groupe,  les écarts, les attitudes des uns et des autres par rapport à lui, aux conditions de course etc.  Là c’est encore l’entraineur qui s’impose.

Mais une fois la course terminée, et quel que soit le résultat, (encore plus s’il y a un résultat), c’est toujours la fierté du père qui voit son fils faire quelque chose de bien (ou rater sa course)… Puis tout de suite après l’entraîneur reprend le dessus pour savoir comment faire encore mieux et se remettre en question pour avancer encore.
L’intérêt, si on peut le dire comme ça (car un intérêt rapporte toujours quelque chose à quelqu’un), d’être le père de son athlète, c’est aussi dans les moments de blues ou dans les périodes de moins bien. J’arrive certainement à les anticiper plus vite car je le connais bien et sur simplement des intonations de voix je suis capable de dire si ça va ou pas. Cela permet d’être réactif un peu plus vite.
Par exemple, quand on fait des séries ensemble (je veux dire quand je le suis en vélo avec le chrono et que lui il court !) un regard suffit pour me faire comprendre si la fatigue est normale, due à la somme de travail, ou plus profonde et qu’il faut raccourcir, changer ou stopper la série.

Comme je le disais plus haut, un et un ça fait deux mais si pour faire deux on fait 4×0,5 ça peut marcher aussi… ADAPTATION. »

– Et quand Papa-entraîneur n’est pas d’accord avec Fils-champion…

« Il nous arrive très rarement d’avoir des points de désaccord. Je suis assez optimiste et ouvert à tout. Si je ne suis pas d’accord avec une de ses décisions, je tache de lui donner et de lui faire comprendre ma position ou mon point de vue. Et à moins de rentrer directement dans un mur, je laisse souvent faire les choses sans les brusquer, en lui laissant le libre arbitre. Si ce qu’il entreprend de faire va dans le sens de la marche, il n’y a en général aucun problème.
De manière générale, on est quand même des grands garçons qui se connaissent depuis pas mal de temps maintenant. On sait tous les deux où on veut aller et on va toujours dans la direction de notre objectif. »

– Tout semble parfait dans la vie de la famille Hauss. L’arrivée et l’installation sur l’Ile de la Réunion a été profitable à tous. Bien sûr, les pépins ne les ont pas épargnés, à commencer par le tristement célèbre chikungunya. Maintenant, David doit encore progresser, s’il veut arriver sur le podium des J.O., car cette fois, il devra le faire ‘pour de vrai’ et sans perdre le plaisir de ses jeux d’enfant. Le bonheur dépendra d’une poignée de secondes…

Lire la suite et fin de l’interview

Lire la première partie de l’interview

Lire aussi L’opinion et la fierté d’un père ou l’histoire de Joël et David Hauss« , article publié sur le blog des auteurs, MoreThanWords.fr)

Propos recueillis par Denis Gentile